Shaykh As Shouwayir : D’abord, concernant le miracle scientifique dans le Qur’ân, je ne m’y attache ni de près ni de loin. As Shâtibî a certes mentionné dans Al Muwâfaqât une belle parole — ou peut-être était-ce dans Al I3tisâm, je ne m’en souviens pas là. Le sens de ses propos était que le Qur’ân ne contredit pas les réalités (établies) scientifiques : {la création et le commandement n’appartiennent qu’à Lui} (trad relat s.7, v.54).
La création appartient à Allâh, et le commandement est Son commandement Sobhânahou wa Ta’âlã et Son Livre en fait partie. Il ne contredit pas les réalités établies. Cependant, le Qur’ân n’est pas venu pour les démontrer. Observe bien la différence entre les deux : il ne les contredit pas, mais il n’est pas venu pour les établir. Le Qur’ân n’est venu que pour ordonner l’adoration d’Allâh Azza wa Jall, Lui vouer un culte exclusif et proclamer Son unicité Jalla wa Alã.
Quant à ce que font certains, à savoir tordre les Textes informatifs rapportés dans le Livre et la Sunna afin qu’ils servent à confirmer une théorie donnée, et je dis bien « théorie » en connaissance de cause, car il n’est pas nécessaire qu’il s’agisse d’une vérité établie ; certains en sont même arrivés aujourd’hui à vouloir démontrer des théories au moyen du Qur’ân. Cela est une façon de faire erronée car cette théorie pourra ensuite se révéler fausse, invalide ou parfois limitée et nuancée. Et dès lors, tu as fait mentir le Qur’ân.
Nous, nous disons que le Qur’ân ne contredit pas ces théories : il ne dit pas qu’elles sont justes ni qu’elles sont fausses. Ça, c’est un premier point. Quant au fait de venir prétendre au miracle scientifique de cette manière, les savants l’ont réprouvé. Parmi eux, As Shâtibî a longuement parlé de cette question. Et ont été blâmés ceux qui se sont excessivement étendus dans ce chapitre comme Fakhr ad Dîne Ar Râzî dans son exégèse Ma3alim alGhayb. Il a été critiqué au point même qu’on dise : « Dans son livre, il y a tout sauf le tafsîr ».
Ainsi, le Qur’ân n’est pas venu pour prouver ces réalités, cependant il ne les contredit pas. Regarde bien la différence entre les deux : il y a une différence entre le fait de ne pas contredire et celui de démontrer des vérités. Ce sont là deux notions très distinctes, alors prêtes-y attention. Bien.
Celui qui maîtrise véritablement la compréhension du Livre, selon une compréhension correcte fondée sur la langue arabe, puis veut dire que telle réalité n’est pas contredite par le Qur’ân, alors il n’y a pas de mal à cela.
Et j’ai dit : « la compréhension ». Pourquoi ? Parce que j’ai rencontré un jour une personne voulant démontrer, non pas que la terre est ronde puisque l’ensemble des gens de la sunna reconnaissent que la terre est sphérique, cela est bien connu- mais lui voulait dire que la Terre est ovale. Il prétendit que cela se trouvait dans le Qur’ân et que cette vérité était établie depuis des dizaines de siècles. Où cela donc ? Il répondit : dans la parole d’Allâh Azza wa Jall: {Et quant à la terre, après cela, Il l’a étendue (dahâhâ)} (trad relat s.79, v.3).
Il dit : « et chez nous, dans notre dialecte- le dialecte du pays dont il est originaire, « ad-dihya » désigne l’œuf. Donc, Sa parole {dahâhâ} signifie : Il l’a rendue comme un œuf, c’est-à-dire de forme ovale ».
Depuis le jour où j’ai entendu cette parole jusqu’à aujourd’hui -cela fait plus de quinze ou vingt ans, chaque fois que je trouvais un ouvrage de langue, je recherchais le mot dahâ. Et je n’ai pas trouvé un seul spécialiste de la langue arabe disant que dahâ signifiait « œuf ». Mais que dahâ signifie juste qu’elle n’est pas creuse mais pleine à l’intérieur.
Ainsi, il est allé trop loin dans l’interprétation du verset afin d’y faire entrer une certaine théorie qu’il voulait établir. Ceci est une interprétation blâmable et interdite.
Il y a donc une distinction entre utiliser le Qur’ân comme preuve pour démontrer ces théories et dire que le Qur’ân ne les contredit pas. Le Qur’ân n’est pas venu pour établir les réalités cosmiques ni chimiques ni médicales ni toutes les autres réalités. Il n’est venu que pour vouer exclusivement l’adoration à Allâh Azza wa Jall et l’ordonner. Il existe donc une distinction entre ces deux points.
Et bien sûr, l’Homme ne doit pas compliquer ce qui est simple ; ces choses relèvent généralement d’aspects secondaires. Cependant, il peut arriver qu’une ou deux questions soient mentionnées à bon escient ; dans ce cas, elles viennent comme éléments secondaires et non comme fondement principal.